Rejet Chambre néerlandophone

Nouveau commissariat à Melle : une précision d’un critère d’attribution n’est pas encore un sous-critère à pondérer séparément

Arrêt nr. 224114 · 26 juin 2013 · XIIe kamer

Le bureau d’architecture Bart Tryhou, classé troisième, contestait l’attribution par la zone de police Rhode & Schelde de la mission d’étude d’un nouveau commissariat à Melle à la sprl Architectenstudio, mais le Conseil d’État a jugé que les ‘sous-critères’ contestés n’étaient que des précisions et que l’appréciation était raisonnablement motivée, et a rejeté le recours.

Que s'est-il passé ?

La zone de police Rhode & Schelde a lancé, par procédure négociée avec publicité, un marché de services pour la conception architecturale et les études de stabilité, d’installations techniques et d’aménagement des abords en vue de la construction d’un nouveau commissariat dans la commune de Melle. Sur les seize candidats, six satisfaisaient aux critères de sélection qualitative ; ils ont été invités à remettre offre pour le 7 juin 2010 et à présenter en personne leur approche et leur première vision le 9 juin 2010. Le cahier des charges fixait cinq critères d’attribution : l’offre et la qualité du dossier d’offre (5 points), les honoraires (30 points, selon la formule p = 30 × x/y, x étant l’offre la plus basse et y l’offre concernée), la composition et la capacité du bureau ou de l’équipe (20 points), la vision sur la mission, sur la construction écologique et durable et sur la conception architecturale (40 points) et les procédures de qualité et de maîtrise budgétaire (5 points). Quatre bureaux ont soumissionné. Dans le rapport d’attribution du 30 juin 2010, Architectenstudio obtenait 84,2 points, Van Acker & Partners 81,71, Ir.-Architect Bart Tryhou 79,5 — avec pourtant le maximum de 30 points pour les honoraires les plus bas mais seulement 25 sur 40 pour la vision — et Beel & Achtergael Architecten 74,2. Le marché a été attribué à Architectenstudio ; Tryhou est arrivée troisième. Après le rejet de sa demande de suspension en extrême urgence (arrêt n° 206.908 du 13 août 2010), Tryhou a poursuivi l’annulation. Elle soutenait que certains sous-critères n’avaient pas été pondérés ni appréciés séparément, que l’appréciation avait tenu compte d’éléments non annoncés tels qu’une impression en couleur, le style maison du bureau, l’enthousiasme lors de la présentation, les CV des collaborateurs et l’équipement du bureau, que le cinquième critère avait été coté de manière intraçable, et que l’appréciation de fond manquait de base objective et était incohérente. Le Conseil d’État, se ralliant au rapport détaillé de l’auditeur, a rejeté chaque aspect. Les ‘sous-critères’ contestés — le commentaire demandé sur la convention d’étude au premier critère, les quatre aspects du quatrième critère ‘vision’ — n’étaient pas des critères d’attribution autonomes mais de simples précisions destinées à rendre les critères suffisamment clairs et précis, de sorte qu’aucune pondération ni cotation distincte ne devait être communiquée. L’appréciation n’a pas tenu compte d’éléments non annoncés : une impression en noir et blanc n’a coûté aucun point (un autre soumissionnaire avec impression en couleur mais sans commentaire a obtenu les mêmes 4,5 sur 5), et la référence au ‘style maison du concepteur’ se rattachait bien à la qualité du dossier d’offre. Sur le cinquième critère, Tryhou a reçu 4 sur 5, autant que deux autres soumissionnaires, de sorte qu’elle pouvait bel et bien situer sa cote. Enfin, l’appréciation de fond ne manquait pas de base factuelle, ne contenait pas de contradictions et restait dans les limites du raisonnable. Le grief, soulevé seulement dans le mémoire en réplique, selon lequel le niveau E proposé par le lauréat ne satisferait pas à la définition du projet, était un moyen nouveau et donc irrecevable. Tryhou n’ayant pas réfuté au fond les constatations de l’auditeur, le Conseil a rejeté le moyen unique et le recours, et a condamné la requérante aux dépens de 350 euros.

Pourquoi c'est important ?

Pour les services à forte composante qualitative — l’architecture en est l’exemple type — le débat d’attribution porte souvent sur la finesse avec laquelle l’autorité doit, à l’avance, ventiler et pondérer ses critères. Cet arrêt établit une distinction utile : toute énumération sous un critère d’attribution n’est pas un sous-critère autonome. Lorsque le cahier des charges nomme quatre aspects sous la ‘vision’, ou demande sous le dossier d’offre un commentaire sur la convention d’étude, ce sont des précisions qui rendent le critère plus précis, non des critères indépendants nécessitant chacun un poids et une cote propres. Le soumissionnaire qui exige une pondération distincte pour chaque mot du cahier des charges n’y trouve donc aucun appui. Tout aussi instructive est la confirmation qu’une autorité peut aborder des éléments relevant d’un critère annoncé — le style maison relève de la qualité du dossier d’offre — sans introduire pour autant des critères ‘cachés’, et qu’une différence d’impression ne compte que si elle a effectivement coûté des points. Et l’arrêt rappelle un piège procédural classique : un grief surgissant seulement dans la réplique est un moyen nouveau qui vient trop tard.

La leçon

Comme autorité, vous pouvez préciser vos critères d’attribution par des sous-aspects sans devoir annoncer un poids distinct pour chaque aspect — mais veillez à ce que le cahier des charges fasse apparaître la différence entre un véritable critère (à pondérer) et une simple précision, et n’appréciez que ce que vous avez annoncé. Comme soumissionnaire, n’exigez pas une pondération distincte pour chaque sous-aspect ; montrez plutôt que l’autorité a fait peser un élément qu’elle n’avait pas annoncé et qu’il vous a coûté des points. Soulevez en outre tous vos griefs d’emblée dans votre requête : un argument surgissant seulement dans la réplique est un moyen nouveau et ne sera plus examiné. Et réfutez le rapport de l’auditeur point par point, car le silence est lu comme un acquiescement.

Posez-vous la question

Votre cahier des charges montre-t-il clairement quels éléments sont de véritables critères d’attribution pondérés et lesquels ne sont que des précisions ? Appréciez-vous les offres uniquement sur des critères annoncés, et pouvez-vous démontrer qu’un élément non mentionné (impression couleur, présentation) n’a pas influencé les points ? Si vous contestez une attribution, démontrez-vous qu’un critère caché a été utilisé et qu’il a affecté votre classement ? Avez-vous inclus tous vos griefs dans la requête plutôt que de les soulever seulement dans la réplique ? Et avez-vous répondu au fond aux constatations de l’auditeur ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →