Annulation Chambre néerlandophone

Un centre administratif de 10 millions d'euros attribué sans vérification des prix — et le BAFO même pas contrôlé

Arrêt nr. 264568 · 20 octobre 2025 · XIVe kamer

Le Conseil d'État annule l'attribution d'un marché Design, Build & Maintain pour un centre administratif à Renaix car ni le rapport d'attribution ni le dossier administratif ne démontrent qu'une vérification des prix a été effectuée sur les offres intégrales ou sur le BAFO de l'adjudicataire.

Que s'est-il passé ?

La Ville de Renaix lance un marché Design, Build & Maintain pour un centre administratif — estimé à 7M€, finalement attribué pour 11,2M€. La procédure est une procédure concurrentielle avec négociation, publiée au niveau européen. Trois soumissionnaires déposent une offre intégrale. Le cahier des charges impose un prix forfaitaire fixe sans révision de prix. Après évaluation préliminaire, le premier classé est désigné soumissionnaire préférentiel et les négociations sont menées exclusivement avec lui. Le prix passe de 9,7M€ à 11,2M€ — notamment parce que la ville autorise désormais une formule de révision, malgré l'interdiction explicite du cahier des charges. Le Conseil d'État juge le premier moyen fondé : aucune vérification des prix n'a été effectuée. Les défenses de la ville — un échange de courriels sur les révisions intégrées avec un seul soumissionnaire, une comparaison du prix au m², une instruction de marquage en couleur des modifications du BAFO — sont toutes insuffisantes. Le calcul des points pour le critère prix n'est pas une vérification des prix. La vérification de la régularité du BAFO fait également défaut. Le rapport d'attribution confirme la régularité des trois offres initiales mais reste muet sur le BAFO. La ville tente de déposer six pièces supplémentaires avec son dernier mémoire — celles-ci sont écartées des débats. L'attribution est annulée.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt est important car il s'agit d'une annulation par la XIVe chambre siégeant en formation collégiale (au fond, pas en référé) d'un marché majeur. Il explique clairement ce qui constitue ou non une vérification des prix : l'évaluation du critère prix n'en est pas une, un échange de courriels sur un seul élément n'en est pas une, et faciliter le contrôle par un marquage en couleur ne prouve pas que le contrôle a eu lieu.

La leçon

Pour les pouvoirs adjudicateurs : la vérification générale des prix exige un contrôle minutieux de tous les montants de toutes les offres et une comparaison mutuelle des prix unitaires et totaux. Elle ne doit pas figurer dans le rapport d'attribution mais doit être traçable dans le dossier administratif. Après négociations, le BAFO doit également être soumis à une vérification des prix et de la régularité. Pour les soumissionnaires : si le rapport d'attribution est muet sur la vérification des prix et le BAFO, demandez le dossier administratif et vérifiez s'il contient des traces de vérification.

Posez-vous la question

Y a-t-il une trace de la vérification des prix dans votre rapport d'attribution ou votre dossier administratif ? Pas un tableau de points pour le critère prix, mais un contrôle réel des prix proposés ? Et si vous avez reçu un BAFO après négociations : l'avez-vous soumis à sa propre vérification des prix et de la régularité ?

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →