Rejet Chambre néerlandophone

Un dépanneur dont le permis interdit le travail de nuit reproche au concurrent le même problème — mais cela relativise la gravité du moyen

Arrêt nr. 264456 · 8 octobre 2025 · XIVe kamer

Le Conseil d'État rejette la demande de suspension d'un dépanneur contestant l'attribution d'un accord-cadre pour des services de remorquage et de gardiennage de véhicules, jugeant qu'un pouvoir adjudicateur n'est pas tenu de vérifier l'adéquation des permis d'environnement présentés pour un service 24h/24, surtout lorsque le requérant dispose lui-même d'un permis présentant la même limitation.

Que s'est-il passé ?

La zone de police Geel-Laakdal-Meerhout attribue par procédure ouverte un accord-cadre pour le remorquage, le dépannage et le gardiennage de véhicules. Deux offres sont déposées. Le soumissionnaire évincé, également l'opérateur sortant, conteste l'attribution par trois moyens. Premièrement, il argue que l'offre retenue est substantiellement irrégulière car le permis d'environnement de l'adjudicataire interdit les activités génératrices de bruit entre 19h et 7h et les dimanches/jours fériés (art. 5.15.0.6 Vlarem II), rendant impossible un service 24h/24. Le Conseil constate que cet argument est relativisé par le fait que le permis du requérant présente la même limitation. Le pouvoir adjudicateur n'est pas tenu de remettre en question l'adéquation des permis présentés dans ces circonstances. Deuxièmement, le requérant conteste la cotation qualitative : il obtient 36/40 (90%) contre 28/40 (70%) pour l'adjudicataire, et estime qu'il aurait dû obtenir le score maximum. Le Conseil juge qu'une évaluation qualitative globale avec échelle ordinale n'implique pas que la meilleure offre obtienne automatiquement le score maximal. Troisièmement, le requérant conteste l'investigation des prix. Le Conseil constate que l'écart entre l'estimation et le calcul du requérant s'explique par des quantités présumées inférieures, basées sur les chiffres réels d'exécution — chiffres fournis par le requérant lui-même en tant qu'opérateur sortant. Avec seulement deux soumissionnaires, aucun des deux prix ne constitue un étalon objectif.

Pourquoi c'est important ?

Cet arrêt illustre un schéma récurrent : le soumissionnaire évincé qui argue en partant du postulat que sa propre offre constitue la référence. Le requérant se plaint d'un problème de permis affectant le concurrent tout en ayant le même problème, revendique le score maximum simplement parce qu'il est le meilleur, et traite son propre prix comme la norme. Le Conseil rappelle systématiquement que sa propre situation n'est pas un étalon objectif.

La leçon

Pour les soumissionnaires : un argument attaquant un défaut dans l'offre d'un concurrent alors que votre propre offre présente le même défaut perd sa force. Une évaluation qualitative globale ne signifie pas que la meilleure offre obtient le score maximum. Et votre propre prix n'est pas un étalon objectif, surtout avec seulement deux soumissionnaires. Pour les pouvoirs adjudicateurs : documentez soigneusement votre estimation, mais des quantités inférieures basées sur les données réelles d'exécution peuvent prima facie expliquer des écarts avec les estimations antérieures.

Posez-vous la question

Reprochez-vous au concurrent un problème réglementaire qui s'applique également à votre propre offre ? Cela affaiblit votre argument plutôt que de le renforcer. Attendez-vous le score qualité maximum simplement parce que votre offre est la meilleure ? Cela ne découle pas d'une méthode d'évaluation globale.

À propos de cette base de données

Le Conseil d'État (Raad van State) est la plus haute juridiction administrative de Belgique. En matière de marchés publics — de l'attribution d'un contrat à l'exclusion d'un soumissionnaire — le Conseil d'État tranche en dernier ressort. Les arrêts de cette base de données sont résumés par TenderWolf en langage clair, avec des leçons pratiques pour les soumissionnaires et les pouvoirs adjudicateurs. Voir tous les arrêts →